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Boulogne Billancourt

Quand Boulogne-Billancourt était la Mecque de l’architecture moderne

Un article d'Emmanuelle Chaudieu, paru dans Télérama le 8 décembre 2019


5 rue Denfert-Rochereau, Boulogne-Billancourt. 
© Musées de la ville de Boulogne-Billancourt / Philippe Fuzeau

Le Corbusier, bien sûr, mais aussi Auguste Perret ou Robert Mallet-Stevens y ont fait leur gamme : le quartier des Princes regorge de sublimes villas des années 30. Balade.

Avant de les parfaire dans la villa Savoye, à Poissy, c’est à Boulogne-Billancourt que Le Corbusier a, pour la première fois, mis en pratique ses « cinq points d’une architecture nouvelle », théorisés avec son cousin Pierre Jeanneret. « Tout y est : la construction sur pilotis, le toit-terrasse, la façade libre, la fenêtre en bandeau et le plan libre », commente Cyril Herrou, guide-conférencier pour la ville, en désignant la villa Cook, construite par l’Helvète en 1927. Celle-ci est implantée en plein cœur du quartier des Princes, au nord-est de la commune des Hauts-de-Seine. Durant l’entre-deux-guerres, nombre d’artistes et d’intellectuels jettent leur dévolu sur cette zone arborée située à la lisière de la capitale et confient la réalisation de leurs résidences à de jeunes architectes, qui vont y expérimenter de nouvelles approches, que ce soit dans les formes (priorité à l’épure) ou les matériaux (utilisation du béton).

Un bâtiment qui ressemble à un paquebot

Outre Le Corbusier, c’est toute la fine fleur de l’architecture moderniste qui y a fait ses gammes : Robert Mallet-Stevens, dont la villa Collinet jouxte la villa Cook ; Pierre Patout, à qui l’on doit une spectaculaire résidence-atelier avec vue plongeante sur le bois ; mais aussi Jean Niermans, ou Auguste Perret, qui a conçu la maison de la sculptrice Dora Gordin. Ce patrimoine exceptionnel (des édifices sont classés) par sa concentration géographique est mis en valeur à travers un « Parcours années 30 » comprenant trois circuits (dont deux dans le quartier des Princes), qui se font aisément en solo. Seule frustration : impossible, hors des visites guidées, de pénétrer dans l’allée des Pins pour admirer les villas Miestchaninoff et Lipchitz du nom des artistes pour lesquels Le Corbusier a réalisé ces maisons-ateliers. Mais on peut les apercevoir depuis la grille du bout de cette voie privée, à l’angle avec la rue Denfert-Rochereau, au pied d’un immeuble emblématique de ce parcours, « connu des étudiants en architecture », glisse Cyril Herrou. Conçu par Georges-Henri Pingusson (à qui l’on doit l’hôtel Latitude 43, à Saint-Tropez) sur une parcelle triangulaire, c’est un vrai édifice-paquebot, avec sa pointe en forme de proue et sa série de fenêtres-hublots. De paquebot, il est aussi question avec la très belle expo consacrée au navire de croisière Île-de-France, à découvrir au musée des Années trente, destination idéale pour compléter cette balade. Et prendre le temps, une fois au chaud, d’étudier en détail les maquettes de constructions croisées à l’extérieur.

Y aller
Stations Marcel-Sembat, (ligne 9), Boulogne-Jean-Jaurès (ligne 10).
Manger
Le Parc, 62, rue du Château. Tlj. 12-15h et 19h-23h. 01 46 05 00 25. Réservation conseillée. Dans le quartier des Princes, une valeur sûre de la cuisine de bistrot traditionnelle. 20-30 €.
Le Panier, 11, bd Jean-Jaurès. Du lun. au sam. 8h-20h, dim. 8h-15h. 01 46 05 16 74. 15-25 €.
Faire
Brochure « Parcours des années 30 » disponible à l’office de tourisme, 25, av. André-Morizet. Du lun. au ven. 9h-18h, sam. 9h-13h. Plan et Audioguide téléchargeable, rubrique « Ma ville ».
Musée des Années trente, espace Landowski, 28, av. André-Morizet. Du mar. au dim. 11h-18h. 0-7 €
Jusqu’au 10 fév. 2020, expo « L’Art déco, un art de vivre, Le paquebot Île-de-France ».

Villa Collinet



Les deux hôtels particuliers des 6 et 8, rue Denfert-Rochereau à Boulogne-Billancourt sont l'œuvre de deux architectes différents : Le Corbusier pour la villa de William Cook et Robert Mallet-Stevens pour celle de Mme Collinet. 

Cette dernière villa est édifiée selon un plan carré déterminé par la parcelle de terrain. Mallet-Stevens utilise lui aussi le béton armé, lui permettant de supprimer murs et poteaux poutres qui jusque-là cloisonnaient l'espace intérieur. La façade blanche est rythmée par les ouvertures des fenêtres, horizontales pour les étages et verticales pour la cage d'escalier. 


Lorsque Le Corbusier construit un peu plus tard la villa Cook, il prend en compte les caractéristiques architecturales de la maison voisine pour mettre en accord les deux façades. Le terrain disponible étant lui aussi exigu, l'architecte doit s'appliquer dans le choix de la disposition des pièces, tout en restant soucieux de leur fonctionnalité. Les principes mis en œuvre dans la villa Cook, Le Corbusier les portera quelques années plus tard à leur ultime perfectionnement dans les maisons Stein de Vaucresson et Savoye de Poissy.