1935 : Un grand nom de l'architecture à la tête de l'Ecole
des Beaux-Arts de Lille
Un article publié le 6 avril 2017 par les Archives municipales de Lille
De 1935 à 1939, l’architecte Robert Mallet-Stevens dirige
l’Ecole des Beaux-Arts de Lille. Il en modernise les enseignements, tentant d’y
introduire les notions essentielles qui le guident depuis le début de sa
carrière.
Aujourd’hui, le nom de Robert Mallet-Stevens (1886-1945) est
peu connu du grand public. L’architecte, designer, scénographe est une figure
essentielle de l’architecture des années 20.
C’est à la fin d’une carrière très riche, débutée à l’aube
du XXe siècle, qu’il est nommé en 1935 à la tête de l’école des Beaux-Arts de
Lille suite au départ en retraite d’Emile Gavelle. Sa nomination est due entre
autre à l’appui de Gabriel Pagnerre, architecte dont les réalisations sont
marquées par une recherche de modernité constante.
Transmettre ses convictions aux jeunes générations
Ce poste est pour lui une opportunité : il espère ainsi
transmettre aux nouvelles générations les principes architecturaux et
artistiques qui le guident depuis le début de sa carrière :
« […] je sais que je vais trouver une jeunesse ardente au
travail et qui a grandi dans un milieu où les arts sont tenus en grand honneur
» (Echo du Nord du 23 Octobre 1935 7K1/157).
Robert Mallet-Stevens applique et défend en effet deux
notions essentielles pour lui et d’autres confrères du moment : l’hygiénisme et
le modernisme.
Signature de Robert Mallet-Stevens au bas de la note sur la modernisation de l'Ecole des Beaux-Arts
Né au XIXe siècle, l’hygiénisme en architecture est un
courant visant la recherche de solutions architecturales à partir des
connaissances acquises dans le domaine de la santé. L’objectif est d’améliorer
les conditions de vie, d’éradiquer les épidémies et de favoriser
l’épanouissement de l’individu. Différentes applications sont mises en œuvre
telles que la construction d’immeubles laissant passer la lumière.
Le modernisme architectural est un mouvement d’avant-garde
international qui se caractérise notamment par un retour au décor minimal avec
des lignes géométriques pures, l’utilisation du fer, de l’acier, du béton ou
encore du verre.
C’est dans cet état d’esprit que Robert Mallet-Stevens
co-fonde en 1929 l’Union des Artistes Modernes avec d’autres artistes. Il
s’émancipe des notions décoratives pour se concentrer sur la fonction et la
structure de l’objet ainsi que sur l’exploitation des nouveaux matériaux
(notamment le béton armé) afin de les adapter à une vision moderne. Les fers de
lance du mouvement sont entre autres Jean Prouvé, Eileen Gray ou encore Charles
Edouard Jeanneret Gris dit « Le Corbusier ».
Note rédigée par Robert Mallet-Stevens, AML
Développer une formation conciliant architecture et arts
appliqués
Dès son arrivée à la tête de l’Ecole des Beaux-Arts de
Lille, Robert Mallet-Stevens s’implique autour de la refonte des enseignements
de l’école. Comme il l’exprime en 1935 dans la Note concernant quelques
modifications à apporter à l’enseignement de l’Ecole conservée dans le fonds de
l’Ecole des Beaux-Arts de Lille : « Une Ecole pour progresser doit être
vivante. Elle doit être « jeune », aller de l’avant en s’appuyant sur un passé
solide. »
Son objectif est d’offrir un enseignement différent,
imprégné de ses convictions, de son expérience et de son enthousiasme.
Extrait de la note sur la modernisation de l'Ecole des Beaux-Arts, p.1
Dans son programme, Robert Mallet-Stevens s’attache à
proposer aux étudiants des enseignements de grande qualité, tant dans le choix
des matières dispensées que dans celui des enseignants.
S’il souligne l’importance de respecter les courants et les
pratiques classiques, il insiste sur la nécessité de les confronter aux
nouveaux procédés industriels de construction contemporaine. Ainsi, les
étudiants-architectes recevront ils obligatoirement des cours de perspective et
d’histoire de l’art ainsi que des enseignements nouveaux autour du béton armé
et de l’acier.
Extrait de la note sur la modernisation de l'Ecole des Beaux-Arts, p.2
Au-delà des enseignements théoriques, il encourage donc une
formation pratique, prévoyant l’organisation de séances d’enseignement sur les
chantiers qui foisonnent à cette période de Première reconstruction dans le
Nord de la France, fortement dévasté par les bombardements et les batailles de
la Première Guerre mondiale.
Il fait également appel à des professionnels de renom de
l’architecture et du bâtiment : Eugène Freyssinet, l’inventeur du béton
précontraint, les architectes et urbanistes Le Corbusier et Georges Henri
Pingusson.
Soucieux d'offrir un enseignement pluridisciplinaire de
grande qualité, il fait également appel à des enseignants de renommée internationale tel l'historien de l'art Henri
Focillon, le muséologue Georges-Henri Rivière, fondateur du musée national des
arts et traditions populaires à Paris.
Extrait de la note sur la modernisation de l'Ecole des Beaux-Arts, p.3
Un projet stoppé par la Guerre
Implantée en plein cœur d’une région industrielle de pointe,
l’Ecole des Beaux-Arts doit pouvoir relever le défi d’un enseignement
résolument moderne, offrant une formation conciliant l’architecture et les arts
appliqués. Les effets bénéfiques des nouvelles orientations se font d’ailleurs
très vite ressentir. Mr Laprade (inspecteur général de l’enseignement
artistique) déclare dans son rapport de 1936 : « Cette école est en période de
réorganisation et ne se présente pas dans sa physionomie définitive. Elle était
jusqu’alors presqu’exclusivement orientée vers la formation des Prix de Rome…le
nouveau directeur qui semble désireux de faire de cette école un organisme
vraiment moderne […]» (Archives municipales, dossier 1R1/100).
Cependant, en 1939, avant d’avoir pu développer son
programme et moderniser durablement l’Ecole des Beaux-Arts, Robert
Mallet-Stevens démissionne de son poste. Dans sa lettre de démission conservée
aux Archives municipales de Lille, il explique «[…]qu’il est de mon devoir de
ne plus diriger un enseignement ne correspondant pas à ce qu’il devrait être,
selon moi. Ceci bien entendu s’applique à toutes les écoles du pays… » (7K/157)
Après son départ, l’école des Beaux-Arts est placée sous la
direction par intérim d’un professeur de l’établissement. En 1941, un jury
composé de personnalités décide de procéder à la désignation d’un nouveau
directeur. Le choix se porte sur Pierre Desrumaux (ancien professeur de l’école
depuis 1936, ancien élève de la Case Velasquez, …) qui, jusqu’à son départ en
1967, imposera à l’institution sa vision traditionnelle de l’enseignement
artistique.
Sources :
- Archives de l'Ecole des Beaux-Arts de Lille - sous-série :
1R1 - Archives municipales de Lille
- Dossier de carrière de R. Mallet-Stevens - cote : 7K/157 -
Archives municipales de Lille
Bibliographie :
- KLEIN, Richard, Robert Mallet-Stevens, La villa Cavrois,
Picard, Paris 2015 (réédition de l’édition de 2005)









