Le temps semble s’être arrêté dans l’hôtel particulier construit en 1927 par Robert Mallet-Stevens pour les deux frères sculpteurs Joël et Jan Martel. Les couleurs des murs au sol en passant par les huisseries ou le mobilier intégré dessiné par l’architecte, tout a été restauré à l’identique, avec minutie. Un bijou d’architecture classé que s’est offert l’antiquaire fondateur de la Galerie 54, Éric Touchaleaume, en 2007. Un reportage de Sophie Pinet et des photos d'Olivier Amsellem.
Par la porte d’entrée, on aperçoit l’escalier « sans fin » de l’hôtel Martel. Au premier plan, une chaise Tropique de Jean Prouvé (1950).
La cuisine, dont les murs ont conservé leurs couleurs d’origine, offre des rangements sobres et fonctionnels. A comparer avec les éléments de la cuisine de la Villa Cavrois.
Dans la chambre, au pied du lit conçu pour Jan Martel par Mallet-Stevens, chauffeuse basse de Pierre Jeanneret pour Chandigarh (1955). Sur le radiateur, un cheval en bronze attribué à Elie Nadelman (1910).
Face au lit, la penderie et le meuble à linge suspendus ont été créés par Robert Mallet-Stevens pour Jan Martel. Tableau de Victor Brauner (1925) et masque-ventre Makondé.
Mallet-Stevens, indifférent à la réflexion sur la réalisation des logements de masse n'a pratiquement construit que des hôtels particuliers ou des villas pour de riches bourgeois.
Les bâtiments de la rue sont un manifeste architectural du catalogue d'objets qu'il avait conçu dans « Une cité moderne ». Les principes sont simples:
• des jeux de cubes parfaitement blancs et lisses pour « unifier l'aspect de la façade, car les volumes comptent plus que les détails constructifs »,
• des décrochés, gradins, tours, jeux d'ouverture, auvents car « l'architecte sculpte un énorme bloc, la maison ».
Les jeux de volumes, qui respectent les préceptes des CIAM (lumière, fonctionnalité, ventilation, santé...), sont animés de gradins et de décrochements, de volumes en cubes et en cylindres. Les jeux de vide/bâti et de retraits/gabarits, qui améliorent l'illumination de la rue et des bâtiments, créent également des terrasses. Les décors, concentrés dans les vitraux et le mobilier, animent les volumes.
La finition est particulièrement soignée: vitraux de Barillet, grilles et portes de Jean Prouvé.
La rue est composée de cinq hôtels particuliers qui abriteront l'hôtel et l'agence de Mallet-Stevens au n°12, la maison-atelier des sculpteurs Joël et Jan Martel au n°10, les hôtels particuliers de la pianiste madame Reifenberg (n°8), de Daniel Dreyfus (n°7) et de madame Allatini (n°3/5). La maison du gardien (photo ci-dessous) est située au fond de la voie, au n°1.
Les cages d'escalier sont éclairées par des vitraux de Louis Barillet, et les portes en ferronnerie sont de Jean Prouvé. L'ensemble sera protégé en 1975, à l'occasion d'une campagne nationale destinée à protégée l'architecture des XIXe et XXe siècles. La décision interviendra malheureusement après la surélévation de la plupart des maisons et la disparition du mobilier urbain dessiné par Mallet-Stevens.
Les années 20 seront notamment marquées par la construction de villas (voies privées bordées de petites maisons) dans Paris. L'architecte André Lurçat construira huit maisons, caractérisées par leurs toits en terrasse, leurs enduits de couleurs vives et de larges baies vitrées, dans la villa Seurat entre 1924 et 1926.
"L'architecture moderne peut faire autre chose qu'un bloc compact ; il peut jouer avec une succession de cubes monolithes. La décoration rapportée n'a plus de raison d'être. Ce ne sont plus quelques moulures gravées dans une façade qui accrocheront la lumière, c'est la façade entière. L'architecte sculpte un bloc énorme : la maison. Les saillies, les décrochements rectilignes formeront de grands plans d'ombres et de lumière... Surfaces unies, arêtes vives, courbes nettes, matières polies, angles droits, clarté, ordre. C'est la maison logique et géométrique de demain".
Robert Mallet-Stevens
Plan masse
L'agence de Mallet-Stevens au n°12
La maison de Daniel Dreyfus au n°7
La maison de Madame Allatini aux n°3 et 5
L'hôtel particulier du n°4
Maquettes
Maquettes de la rue Mallet–Stevens, réalisée par des étudiants de l’École d’architecture de Saint–Étienne.
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| La maison du gardien, au fond de la rue |
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| L'habitation et l'agence de Robert Mallet-Stevens, à l'entrée de la rue |
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| La Villa Allatini |
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| La Villa Dreyfus |
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| L'atelier des frères Martel |
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| La Villa de Madame Reifenberg |
Archives
Ci-dessus le hall salon et ci-dessous la salle à manger de l'Hôtel particulier de Robert Mallet-Stevens.
Le salon de l'Hôtel particulier de Robert Mallet-Stevens
Elévations schématiques des hôtels particuliers de la rue Mallet-Stevens parues, en 1927, dans le numéro 14 de " L'Art d'aujourd'hui "